Pratique sportive chez la personne avançant en âge : risques et bénéfices pour le cartilage

L’activité physique régulière, et non obligatoirement la pratique sportive, a de multiples effets bénéfiques à tout âge. Dans les tranches d’âge les plus élevées, l’exercice physique a montré un bénéfice sur la qualité de vie et sur la mortalité. Ces résultats sont issus d’études ayant principalement évalué les exercices aérobie. Il semble que, de la même manière, la pratique d’exercices de musculation selon les recommandations de la NHS est associée à une diminution de la mortalité. Il faut donc garder à l’esprit les effets bénéfiques d’une activité physique régulière sur l’état de santé global avant d’aborder la question des risques potentiels de l’activité physique et de la pratique sportive sur le cartilage.

 

L'articulation normale est constituée de cartilage, tissu conjonctif essentiellement formé d’eau (environ 80%), de protéoglycanes et de collagène (environ 20 %). Les cellules ne représentent que 1 % du volume du cartilage de l’adulte. Toutes les parties du cartilage jouent des rôles différents dans la stabilisation et la protection de l'articulation. Les modifications de la structure du cartilage articulaire entraînent des lésions et de la dégénérescence.

 

L’arthrose est généralement considérée comme une maladie progressive de l'adulte et du senior. Passé 65 ans, 86 % des femmes et 78% des hommes ont des signes, cliniques et/ou radiographiques, d’ostéoarthrite. Cependant, il existe plusieurs facteurs de risque, en dehors de l'âge, qui prédisposent un individu à l’arthrose, tels que les facteurs génétiques, l'obésité, les activités professionnelles ou de loisirs, les facteurs ethniques et les lésions articulaires.

 

Or ces lésions articulaires sont plus fréquentes dans la pratique sportive :

  1. les accidents traumatiques aigus : fractures, luxations, entorses et leurs séquelles 5 lésions classiques de la pratique sportive sont reconnues plus arthrogènes : lésion du LCA, lésion méniscale, luxation rotulienne, instabilité gléno-humérale, instabilité de cheville.
  2. les microtraumatismes répétés, sur les articulations porteuses, notamment. Par exemple, pour chaque kilomètre de course à pied, il y a environ 800 réceptions pied/sol avec 5 à 8 fois le poids du corps à chaque impact. Un coureur de 80 kg impose, à chaque foulée, une charge d’environ 480 kg sur chaque hanche (alors que la pression est de 4 fois le poids du corps à la marche, donc 320 kg à chaque pas). Il est clair que cette répétition de microtraumatismes (120 kg en plus) peut accélérer le vieillissement articulaire.

On doit donc s’interroger sur l’accélération possible du vieillissement de l’appareil locomoteur et sur la gestion articulaire, à long terme, des sujets sportifs. Le but d’un sportif de 30 ans, en bonne santé, est de pouvoir courir à 60 ans et non d’être handicapé par une arthrose à 50. Cette vision longitudinale de l’appareil locomoteur est essentielle en traumatologie du sport.

 

Cet exposé a pour objectif de faire un état des lieux de l’arthrose du sportif et de savoir si :

  •  Les sportifs sont moins, autant ou plus arthrosés qu’une population dite standard (non sportive) ?
  •  Il existe une dose cumulée (un seuil arthrogène) de sport à ne pas dépasser dans la « vie sportive » ?

Au total, on retiendra que l’arthrose du sportif est probablement différente de l’arthrose « classique » car :

  • Au niveau clinique : les douleurs sont moins fréquentes et d’apparition plus tardive ; il existe moins de réaction inflammatoire (la synovite est rare)
  • Au niveau radiographique : le pincement articulaire est plus global…

Ces éléments sont probablement les résultats de la seule composante mécanique dans la dégradation articulaire, sans les autres composantes classiques (obésité ; sarcopénie, etc.)

De ce fait, la dose cumulée des contraintes mécaniques devient un élément capital pour le suivi articulaire de nos patients sportifs.

Pour le moment, les études prospectives longitudinales manquent pour fixer ce seuil « arthrogène ». Mais les contraintes mécaniques variables en fonction des pratiques sportives, les antécédents traumatiques aigus, leur gestion initiale et leurs séquelles, font que les études seront difficiles à mener. Malgré tout, les kilomètres de course à pied étant plus facilement comptabilisables, il semble que plus de 3O kilomètres hebdomadaires de course à pied (plus de 20 miles par semaine), avant 50 ans, soient une possible cause d’accélération de l’arthrose. Or la pratique actuelle des coureurs que nous suivons est nettement supérieure à cette limite.

 

En conclusion :

la pratique régulière, raisonnée et raisonnable d’une activité physique est bénéfique pour le cartilage, quel que soit l’âge, sans aucun doute.

Par contre, la pratique sportive est un risque pour le cartilage, sans aucun doute, également. Le suivi longitudinal de l’appareil articulaire doit être un élément primordial de l’accompagnement médical des sportifs.

 

Dr Yannick Guillodo

| Présentation au cours du congrès commun SFMES-SFTS le 22 Septembre 2016